Culture

Par Marie-Paule Grimaldi

"Bien que des preuves s’accumulaient sur la présence de guerrières et de chefs femmes dans la culture viking, cette théorie était reléguée dans les tiroirs des fantasmes mythologiques par les historiens..."

-Marie-Paule Grimaldi

(RE)DÉCOUVERTES ARCHÉOLOGIQUES

Un œil nouveau sur le passé pour voir le présent et l’avenir autrement ?

Depuis environ cinq ans, le monde de l’archéologie se fait secouer par des recherches qui nous font poser un regard différent sur des découvertes antérieures. En effet, de nouvelles technologies viennent bouleverser l’Histoire que nous nous sommes racontées jusqu’à maintenant.

 

Des femmes fortes dans un monde égalitaire

En 2017, une étude de l’ADN menée sur les ossements trouvés dans une sépulture viking en Suède a prouvé que le grand guerrier qui y avait été enterré était en fait une femme. Bien que des preuves s’accumulaient sur la présence de guerrières et de chefs femmes dans la culture viking, cette théorie était reléguée dans les tiroirs des fantasmes mythologiques par les historiens qui n’imaginaient que des hommes au pouvoir et aux qualités d’armes. Dans les années 60, les archéologues ont découvert des tombes au Mississipi, datées des années 800 de notre ère, soit bien avant l’arrivée des Européens en Amérique. Les corps étaient entourés de coquillages et de perles, et les chercheurs ont tout de suite conclu à un hommage à des hommes de pouvoir. Mais les analyses qui ont suivi ont prouvé qu’il s’agissait de corps d’hommes et de femmes, honorés au sein d’une société où des rapports égalitaires comptaient. Le machisme est arrivé des centaines d’années plus tard!

 

Penser l’Amérique autrement

Si l’Histoire officielle nous raconte encore que les Autochtones étaient présents il y a 12 000 ans sur le territoire américain, les recherches en cours ne cessent de démontrer qu’il s’agit plutôt de… 130 000 ans. Paulette Steeves, archéologue Cri-Métis qui travaille à Vancouver, en a fait son cheval de bataille. Selon elle et d’autres chercheurs, de nombreuses migrations ont eu lieu vers le continent américain à travers les âges, non seulement depuis le Détroit de Béring, mais aussi par les mers plus au Sud. De plus, des recherches en cours démontrent que la forêt amazonienne était peuplée avant l’arrivée des Européens par une population estimée à 10 millions de personnes. Cette fois, c’est entre autres la biodiversité d’espèces de plantes domestiquées qui vient appuyer la théorie. Dans le Grand Montréal, les archéologues ont découvert le site d’un village iroquoien datant de 1250, avec plus de 60 000 artéfacts trouvés depuis, ainsi que de nombreuses preuves d’une agriculture développée. Si ce genre de découvertes ont pris tant de temps à se faire, est-ce peut-être parce que les premiers peuples d’Amérique savaient développer des sociétés basées sur le développement durable et la réduction de l’empreinte écologique?

 

Dans tous les cas, l’Histoire prend des dimensions plus vastes grâce aux nouveaux outils de recherche. Des sites néandertaliens en France datés de 45 000 ans se révèlent vieux de 176 000 ans grâce aux technologies appropriées. Et ces nouvelles perspectives ne sont pas que temporelles : les célèbres Amants de Modène, retrouvés main dans la main en marque d’union amoureuse, sont en réalité deux hommes… Peut-être est-il temps de considérer l’humanité autrement? En attendant, l’archéologie demeure une activité passionnante, voire salvatrice pour certains, comme en Angleterre où d’anciens combattants souffrant de chocs posttraumatiques chroniques trouvent un apaisement en participant aux recherches, et créent ainsi pour eux-mêmes une nouvelle manière de vivre.

 

Sources : National Géographique, Nouvel Observateur, Vancouver Sun, CBC, Radio-Canada, La Presse, The Guardian

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Credit: James Galwey